Eh bien ! rends-moi ces temps de mon adolescence
Où je n’étais moi-même encor qu’en espérance ;
Cet âge si fécond en chants mélodieux,
Tant qu’un monde pervers n’effraya point mes yeux ;
Tant que, loin des honneurs, mon coeur ne fut avide
Que des fleurs, doux trésors d’une vallée humide !
Dans mon songe doré, je m’en allais chantant ;
Je ne possédais rien, j’étais heureux pourtant !
Rends-moi donc ces désirs qui fatiguaient ma vie,
Ces chagrins déchirants, mais qu’à présent j’envie,
Ma jeunesse ! … En un mot, sache en moi ranimer
La force de haïr et le pouvoir d’aimer !


Goethe, Faust (prologue sur le théâtre), traduction Gérard de Nerval

Octave. – Figure-toi un danseur de corde, en brodequins d’argent, le balancier au poing, suspendu entre le ciel et la terre ; à droite et à gauche, de vieilles petites figures racornies, de maigres et pâles fantômes, des créanciers agiles, des parents et des courtisans, toute une légion de monstres, se suspendent à mon manteau et le tiraillent de tous côtés pour lui faire perdre l’équilibre ; des phrases redondantes, de grands mots enchâssés cavalcadent autour de lui ; une nuée de prédictions sinistres l’aveuglent de ses ailes noires. Il continue sa course légère de l’orient à l’occident. S’il regarde en bas, la tête lui tourne ; s’il regarde en haut, le pied lui manque. Il va plus vite que le vent, et toutes les mains tendues autour de lui ne lui feront pas renverser une goutte de la coupe joyeuse qu’il porte à la sienne. Voilà ma vie, mon cher ami ; c’est ma fidèle image que tu vois.
Coelio. – Que tu es heureux d’être fou !

Musset, Les Caprices de Marianne, acte I, scène I
Le premier livre que j’ai publié, Mathilde, est dédié à mon père. Le second, L’Autre Chant de la danse, est dédié à Donn. Mon père et Donn sont les deux hommes que j’ai le plus aimés dans ma vie.
Avant de rencontrer Donn, j’avais fait quoi ? J’avais fait trois ballets qui comptent encore aujourd’hui, Symphonie pour un homme seul, Le Sacre du printemps et le Boléro. Mais sans lui, je n’aurais pas fait… L’énumération serait trop longue.

Maurice Béjart, La vie de qui ? Mémoires 2, Flammarion, p.45
Si dans une vie : les désirs et le pouvoir d’aimer, la course légère du danseur de corde, une tête pleine un peu de folie, et des affections suffisemment fortes pour faire exploser le pouvoir de créer… Alors la pâle lumière des impossibles que René Char voit balancer au loin comme un fanal qu’on atteindra pas forcément mais qui mène la route, alors cette pâle lumière est un rayon aveuglant qui envahit tout et fait disparaître à jamais les barrières, les ornières, les fossés, les murailles.Que la fête commence !L’audace a du génie, de la puissance et de la magie.
Commencez dès maintenant.
Goethe

De la part de

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