Le XIXe siècle qui a célébré dans sa prime existence la nostalgie d’un passé ancien et ressuscité le Moyen-Âge, redécouvre en son mitan un XVIIIe siècle jusque-là méprisé.

Les causes de cette redécouverte sont multiples, diffuses et certainement complexes, tant socialement que politiquement et culturellement.

Le mouvement reconnu du XIXe siècle est incontestablement le Romantisme. Les artistes puisent dans la nature et l’histoire leur inspiration. L’artiste romantique, à l’instar d’un Chateaubriand dans René, se représente souvent comme un créateur incompris, isolé, malheureux.

Au début des années 1830, les romantiques s’associent pleinement à l’idée de liberté. Lord Byron part mourir en 1824 aux confins de la Grèce dans un combat qui fait de l’artiste un martyr de la liberté et Delacroix peint cette Liberté guidant le peuple image cent fois répétée d’un symbole des combats du siècle : la barricade.

Les années 1840 voit le romantisme faire cause commune avec le peuple et combattre à ses côtés dans la révolution qui fait triompher brièvement une Seconde République qui avorte dans les fastes d’un Empire reconquis par le bonapartisme latent de tout un peuple en proie à la nostalgie de jours plus glorieux.

Le Romantisme ? Probablement la culture d’une société bouleversée par la grande Revolution.

Dans ces remous politiques qui voient les régimes, Empire, Restauration, Monarchie de Juillet République, Second Empire, sans qu’aucun n’arrive à se stabiliser, une seule certitude : l’éloignement inexorable de l’Ancien Régime dont les défenseurs et les nostalgiques vont s’emparer pour remettre au goût du jour une esthétique des Lumières avant qu’un vrai courant original ne traverse à nouveau ce long XIXe siècle.

Le XVIIIe siècle devient un mythe cultivé par les élites. Mythe de la « douceur de vivre » sous l’Ancien Régime, l’expression est de Talleyrand, le XVIIIe siècle caractérise l’esthétique bourgeoise des années 1880-1890.

Les historiens d’art s’intéressent à des artistes comme Boucher ou Watteau qui est redécouverte pendant le Second Empire et dont le célèbre Gilles fait les beaux jours des analyses les plus diverses. On peut citer celle de Michelet qui, en 1863, écrit dans son Histoire de France : « …au dernier triomphe écrasé de succès, de cris et de fleurs, revenu devant le public, humble et la tête basse, le pauvre pierrot un moment a oublié la salle ; en pleine foule, il rêve, il rêve, il est comme abîmé…Morituri te salutant. Salut peuple, je vais mourir. »

Quant à Thoré, le découvreur de Vermeer, il dit du Gilles en 1867 : « regardez-le comme il est gentil et narquois, de grandeur naturelle, tout en blanc et si gai ».

Les frères Goncourt sont incontestablement ceux qui y regarderont de plus près.

C’est dans les brocantes qu’ils vont trouver de quoi alimenter leurs recherches. Ils découvrent en 1856, chez un ferrailleur auvergnat le manuscrit des Conférences de l’Académie royale de peinture où ils retrouvent la Vie inédite de Watteau du comte de Caylus « que tout le monde croyait perdu ».

De 1854 à 1870, les deux frères consacrent près d’une dizaine d’ouvrages au XVIIIe siècle : Histoire de la société française sous la Révolution (1854), Histoire de la société française sous le Directoire (1855), Portraits intimes du XVIIIe siècle (1862), L’Amour au XVIIIe siècle, Madame de Pompadour, La du Barry, Histoire de Marie-Antoinette, Les actrices au XVIIIe siècle comme Sophie Arnould ou Madame de Saint Huberty, L’Art du XVIIIe siècle en trois volumes dont le premier volume est consacré à Watteau, Chardin, Boucher, La Tour.

Les Goncourt célèbrent le charme, la séduction qui émane de la peinture de Watteau.

Watteau_cythera
Cette redécouverte va toucher tous les arts : la mode, les arts décoratifs, l’architecture, la peinture, la musique et bien sûr la littérature.

Il n’est que de se souvenir des Fêtes Galantes de Verlaine et pour s’en imprégner illustrer notre propos de ce si joli Clair de lune qui ouvre le recueil :

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques

Jouant du luth et dansant et quasi

Tristes sous leurs déguisements fantasques.

Tout en chantant sur le mode mineur

L’amour vainqueur et la vie opportune,

Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d’extase les jets d’eau sveltes parmi les marbres.

Verlaine

Les Fêtes Galantes, 1869
Catherine Lebouleux
pour
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AGENDA MUSICALE DE LA SEMAINE

HaydnMadrigal
LE MADRIGAL DE PARIS
mardi 18 mars 2008, 20h30
Eglise des Blancs Manteaux
75004 Paris
(M° Rambuteau ou Hôtel de ville)
Les 7 Dernières Paroles du Christ en Croix – HAYDN
Réservations : f.mitko@free.fr

RockPsychédélique

SOIREE ROCK : LOS CASCOUYOS
LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN
Restaurant, Saint Lambert des Bois (78)
Formule dîner-concert : 50 €
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Catherine Lebouleux

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