Il est communément admis que le 19e siècle voit fleurir une première révolution industrielle basée sur l’utilisation de la vapeur, énergie nouvelle qui bouleverse les techniques en Europe dès les années 1780. L’Angleterre est à la pointe des progrès accomplis et la France devra attendre la fin du Second Empire pour combler son retard au mépris d’archaïsmes parfois vivaces dans le paysage industriel français.
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La vapeur permettra au chemin de fer le développement que l’on sait, une loi en 1842 organise le réseau français qui se répartira entre les années 1852 et 1859 en six grandes compagnies : Nord, Ouest, Paris-Orléans, Midi, paris-Lyon-Méditerranée (PLM), Est.

Les percées hausmanniennes, qui reprennent les plans de la Commission des embellissements Paris présidée par le Comte Henri Siméon,  veilleront à ce que chaque gare soit reliées au centre.Le Second Empire voit donc l’achèvement de cette première révolution industrielle qui donne le relais à la deuxième révolution industrielle qui se base sur les développements de l’énergie électrique. (1)

La vie quotidienne sera profondément  changée – voire affectée – par toutes ces mutations.
Il est savoureux de lire comment les grands noms de la vie intellectuelle de la fin du siècle voient ces changement et comment ils en parlent.

Je vous livre Proust. Proust et le téléphone. Extrait des Ecrits sur l’art. “Journées de lecture” :

téléphoneAncien

[...] Il y a ” tant de malades”, en ce moment, que les livres trouvent des lecteurs, même des lectrices. Sans doute, quand on ne peut sortir et faire des visites, on aimeriat meiux en recevoir que de lire. Mais “par ces temps d’épidémies”, même les visites que l’on reçoit ne sont pas sans danger. [...] On ne lit qu’à le dernière extrémité. On téléphone d’abord beaucoup.. Et, comme nous sommes des enfants qui jouons avec les forces sacrées sans frissonner devant leur mystère, nous trouvons seulement du téléphone que “c’est commode”, ou plutôt, comme nous sommes des enfants gâtés, nous trouvons que “ce n’est  pas commode”, nous remplissons Le Figaro de nos plaintes, ne trouvant pas encore assez rapide en ses changements l’admirable féerie où quelques minutes parfois se passent en effet avant qu’apparaisse près de nous, invisible mais présente, l’amie à qui nous avions le désir de parler, et qui, tout en restant à sa table, dans la ville lointaine qu’elle habite, sous un ciel différent du nôtre, par un temps qui n’est pas celui qu’il fait ici, au milieu de circonstances et de préoccupations que nous ignorons et qu’elle va nous dire, se trouve tout à coup transportée à cent lieues (elle, et toute l’ambiance où elle est plongée), contre notre oreille, au moment où notre caprice l’a ordonné. Et nous sommes comme ce personnage de conte de fées à qui un magicien, sur le souhait qu’il en exprime, fait apparaître dans une clarté magique sa fiancée en train de feuilleter un livre, de verser des larmes ou de cueillir des fleurs, tout près de lui, et pourtant à l’endroit où elle se trouve alors, très loin.
Nous n’avons, pour que ce miracle se renouvelle pour nous, qu’à approcher nos lèvres de la planchette magique et à appeler – quelquefois un peu longtemps, je le veux bien – les Vierges vigilantes dont nous entendons chaque jour les voix sans jamais connaître leur visage et qui sont nos Anges gardiens dans ces ténèbres vertigineuses dont elles surveillent jalousement les portes, les Toutes-Puissantes par qui les visages des absents surgissent près de nous, sans qu’il nous soit permis de les apercevoir ; nous n’avons qu’à appeler ces Danaïdes de l’Invisible qui sans cesse vident, remplissent, et se transmettent les urnes obscures des sons, les jalouses Furies qui, tandis que nous murmurons une confidence à une amie, nous crient ironiquement : “J’écoute ! ” au moment où nous espérons que personne ne nous entendait, les servantes irritées du Mystère, les Divinités implacables, les Demoiselles du téléphone ! Et aussitôt que leur appel a retenti dans la nuit pleine d’apparitions, sur laquelle nos oreilles s’ouvrent seules, un bruit léger – un bruit abstrait, – celui de la distance supprimée, et la voix de notre amie s’adresse à nous.
Marcel ProustExtrait choisi par
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(1) Sources : YON (Jean-Claude) – Le Second Empire. Politique, société, culture. – Paris : Armand Colin, 2004. – 255 pages

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