
Hier soir, à onze heures, un incendie s’est déclaré dans le magasin des décors de l’Académie de musique par suite , dit-on, de l’explosion d’un compteur à gaz.
[…]
On sait que l’Opéra, bâti il y a cinquante ans à la suite de la démolition de la salle de la rue Richelieu [ndlr : square Louvois] après l’attentat dont fut victime le duc de Berry, était une construction où le bois tenait la plus grande place. Les peintures, les tentures, fournissaient en outre un aliment au fléau et les seuls efforts des pompiers devaient tendre à préserver les maisons voisines.
Ils y ont réussi. Il ne reste absolument rien à l’heure qu’il est du théâtre, si ce n’est la façade principale de la rue Le Peletier, mais les maisons du passage, pour lesquelles on avait de grandes craintes, sont conservées.
[…]
Au moment où nous écrivons, le danger d’une recrudescence de l’incendie ou de sa propagation n’est plus à redouter ; mais au milieu des ruines se dressent deux pans de murs fort élevés, qui n’étant plus reliés à rien, menacent de s’écrouler.
S’ils tombent, comme cela est à craindre, à l’improviste, du côté des galeries du passage, où sont groupés les travailleurs, il peut se produire d’assez graves accidents.
Nous ne voulons pas nous faire l’écho de dires probablement empreints d’exagération ; mais il paraît certain qu’un caporal de sapeurs-pompiers au moins a été enseveli sous les décombres à la suite d’un écroulement semblable.
Quant à la perte matérielle, elle est inappréciable : décors, costumes, tout a été détruiut avec le bâtiment. Les archives se trouvaient heureusement dans l’aile gauche des bâtiments de la cour Drouot qui n’ont point été atteints. On les a cependant déménagés mais on nous a affirmé que la bibliothèque avait été complètement dévorée par les flammes.
[…]
En présence de ce désastre, nous sera-t-il permis de répéter encore une fois ce que nous disions dernièrement de notre service de secours contre l’incendie ? Nous sommes en retard sur toutes les nations civilisées. Nous avons rappelé comment on agissait en Prusse, en Russie, en Angleterre, aux Etats-Unis. Nous avons dit qu’il suffisait d’un quart d’heure pour que toutes les pompes de Berlin fussent réunies sur un point donné. Chez nous il faut généralement une heure pour que les secours s’organisent. Le sergent de ville, avisé d’un incendie, doit aller d’abord prévenir son chef de poste ; celui-ci délègue un agent près le commissaire de police et un autre vers le plus prochain poste de pompiers ; le chef de ce poste va à son tour s’assurer de la réalité du fait et envoie, s’il le croit nécessaire, prévenir le poste central. Que veut-on obtenir avec une pareille réglementation ?
Nous savons bien que dans la pratique, on passe généralement par-dessus toutes les minuties du règlement et qu’on n’attend pas le commissaire de police qu’il serait trop difficile de rencontrer – son domicile personnel n’étant jamais situé où sont ses bureaux. Mais il n’en est pas moins vrai que la promptitude des secours dépend de l’intelligence et de la vélocité d’un agent, et que le trop de précautions prises pour empêcher qu’on ne dérange pas inutilement les secours a pour principal résultat d’empêcher qu’ils soient prêts quand le danger est pressant.
Nous ne diront plus rien des pompes à vapeur. Les cinq ou six que nous possédons ont pu être expérimentées cette nuit dans une occasion solennelle. Sortiront-elles victorieuses du concours ? Nous ne savons. Elle n’ont pas seulement à combattre le feu, mais bien la routine.
Quoiqu’il arrive, les bons esprits ne pourront que déplorer cette routine qui ne veut pas se servir contre le feu, si prompt dans son action, de ces deux agents seuls aussi prompts que lui : la vapeur et l’électricité.
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On sait que l’Opéra, bâti il y a cinquante ans à la suite de la démolition de la salle de la rue Richelieu [ndlr : square Louvois] après l’attentat dont fut victime le duc de Berry, était une construction où le bois tenait la plus grande place. Les peintures, les tentures, fournissaient en outre un aliment au fléau et les seuls efforts des pompiers devaient tendre à préserver les maisons voisines.
Ils y ont réussi. Il ne reste absolument rien à l’heure qu’il est du théâtre, si ce n’est la façade principale de la rue Le Peletier, mais les maisons du passage, pour lesquelles on avait de grandes craintes, sont conservées.
[…]
Au moment où nous écrivons, le danger d’une recrudescence de l’incendie ou de sa propagation n’est plus à redouter ; mais au milieu des ruines se dressent deux pans de murs fort élevés, qui n’étant plus reliés à rien, menacent de s’écrouler.
S’ils tombent, comme cela est à craindre, à l’improviste, du côté des galeries du passage, où sont groupés les travailleurs, il peut se produire d’assez graves accidents.
Nous ne voulons pas nous faire l’écho de dires probablement empreints d’exagération ; mais il paraît certain qu’un caporal de sapeurs-pompiers au moins a été enseveli sous les décombres à la suite d’un écroulement semblable.
Quant à la perte matérielle, elle est inappréciable : décors, costumes, tout a été détruiut avec le bâtiment. Les archives se trouvaient heureusement dans l’aile gauche des bâtiments de la cour Drouot qui n’ont point été atteints. On les a cependant déménagés mais on nous a affirmé que la bibliothèque avait été complètement dévorée par les flammes.
[…]
En présence de ce désastre, nous sera-t-il permis de répéter encore une fois ce que nous disions dernièrement de notre service de secours contre l’incendie ? Nous sommes en retard sur toutes les nations civilisées. Nous avons rappelé comment on agissait en Prusse, en Russie, en Angleterre, aux Etats-Unis. Nous avons dit qu’il suffisait d’un quart d’heure pour que toutes les pompes de Berlin fussent réunies sur un point donné. Chez nous il faut généralement une heure pour que les secours s’organisent. Le sergent de ville, avisé d’un incendie, doit aller d’abord prévenir son chef de poste ; celui-ci délègue un agent près le commissaire de police et un autre vers le plus prochain poste de pompiers ; le chef de ce poste va à son tour s’assurer de la réalité du fait et envoie, s’il le croit nécessaire, prévenir le poste central. Que veut-on obtenir avec une pareille réglementation ?
Nous savons bien que dans la pratique, on passe généralement par-dessus toutes les minuties du règlement et qu’on n’attend pas le commissaire de police qu’il serait trop difficile de rencontrer – son domicile personnel n’étant jamais situé où sont ses bureaux. Mais il n’en est pas moins vrai que la promptitude des secours dépend de l’intelligence et de la vélocité d’un agent, et que le trop de précautions prises pour empêcher qu’on ne dérange pas inutilement les secours a pour principal résultat d’empêcher qu’ils soient prêts quand le danger est pressant.
Nous ne diront plus rien des pompes à vapeur. Les cinq ou six que nous possédons ont pu être expérimentées cette nuit dans une occasion solennelle. Sortiront-elles victorieuses du concours ? Nous ne savons. Elle n’ont pas seulement à combattre le feu, mais bien la routine.
Quoiqu’il arrive, les bons esprits ne pourront que déplorer cette routine qui ne veut pas se servir contre le feu, si prompt dans son action, de ces deux agents seuls aussi prompts que lui : la vapeur et l’électricité.
Article paru dans le Journal des Débats du jeudi 30 octobre 1873.
L’incendie fut le coup de grâce aux réticences de la IIIe république à terminer la construction du Nouvel Opéra commandé par l’Empire.
L’incendie fut le coup de grâce aux réticences de la IIIe république à terminer la construction du Nouvel Opéra commandé par l’Empire.
Le bâtiment conçu par Garnier en 1860, avait servi d’entrepôt pendant le siège de Paris qui fit suite au désastre de Sedan et à la chute de l’Empire.
Catherine Lebouleux évoquera l’incendie d’octobre 1873 lors de sa conférence sur la collection des bustes du palais Garnier (visite des espaces publics),
vendredi 11 avril à 13h00.
RV devant la statue de Lully dans le hall de l’Opéra à 12h45.
Tarifs (entrée Opéra + conférence) : 23 € (non adhérent), 18 € (adhérent), 9 € (adhérent abonné)

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