le mini-dossier
L’Education sentimentale, Flaubert, 1869

“  Chère maître,
Je ne compte pas m’en aller de Paris avant le 10 ou le 12 juin, quand mon roman sera fini et recopié.
Merci de l’offre pécuniaire ! Je n’ai besoin, présentement de rien du tout.
Puisque votre roman roule sur les cabots , pourquoi ne pas l’appeler Les gens de théâtre ? Vous connaissez la matière à fond. Je ne redoute qu’une chose pour le livre c’est votre indulgence. Car enfin, ces gredins-là n’aiment pas l’art.
A propos de titre, vous m’aviez promis de m’en trouver un pour mon roman, à moi. Voici celui que j’ai adopté, en désespoir de cause : L’Education sentimentale – histoire d’un jeune homme.
Je ne dis pas qu ’il soit bon. Mais jusqu’à présent c’est celui qui rend le mieux la pensée du livre.
Cette difficulté de trouver un bon titre me fait croire que l’idée de l’œuvre (ou plutôt sa conception) n’est pas claire ? “

Extrait de la lettre de Flaubert à Sand du 3 avril 1869 – samedi matin.

Sa correspondance avec George Sand suit pas à pas la composition du roman de Flaubert, ses recherches pour faire de cette œuvre une fresque réaliste de la société française, parisienne et provinciale, du milieu du XIXe siècle. Il fouille dans les détails d’une histoire récente qui vit la France secouée par une crise sociale qui mit fin à la Monarchie de Juillet, renversa Louis-Philippe pour installer une éphémère Seconde République que Louis-Napoléon, prince président allait trahir par le coup d’état du 2 décembre 1851 qui le propulse à la tête d’un Second Empire autant mouvementé qu’il devait ensuite être controversé.

Les héros du roman font partie de cette génération que dépeint Musset dans La Confession d’une enfant du siècle. La fin du roman exprime avec une poignante nostalgie cette génération des enfants du siècle, bercée de romantisme épris d’un idéal qui se forge souvent aux confins d’horizons lointains : les contrées exotiques, l’Orient la font rêver . 

 

« C’était pendant [les vacances] de 1837 qu’ils avaient été chez la Turque.
On appelait ainsi une femme qui se nommait de son vrai nom Zoraïde Turc ; et beaucoup de personnes la croyaient une musulmane, une Turque, ce qui ajoutait à la poésie de son établissement, situé au bord de l’eau, derrière le rempart ; même en plein été, il y avait de l’ombre autour de la maison, reconnaissable à un bocal de poisson rouges près d’une pot de réséda sur une fenêtre. Des demoiselles, en camisole blanche, avec du fard aux pommettes et de longues boucles d’oreilles, frappaient aux carreaux quand on passait, et, le soir, sur le pas de la porte, chantonnaient doucement d’une voix rauque. »


Le roman eut un accueil peu favorable et la presse ne ménagea pas Flaubert. George Sand prit la plume pour défendre l’ouvrage dans un article qu’elle enverra à Girardin qui dirige La Liberté. Ce n’est que le 22 décembre – l’article est envoyé à Girardin le 11 – qu’il paraît dans les colonnes du journal. Entre temps, pour le rassurer, Sand avait écrit le 19 du même mois, à son vieux troubadour : ces grands éreintements sont l’inévitable consécration d’une grande valeur »

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iphigenie

Iphigénie en Tauride
Gluck
Opéra National de Paris
Palais Garnier
à l’affiche jusqu’au 8 juin 2008
En savoir plus

La mise en scène pose question : celle de l’équilibre entre les différents éléments du spectacle. Nul doute que dans cette production, le metteur en scène se mette au premier pan avec des images parfois brutales, un discours engagé. L’arrivée de Pylade et d’Oreste nous met en face de ces images choc d’otages que les médias relaient sur nos écrans de télévision. C’est nous rappeler la violence du monde et la violence extrême de ces tragédies grecques que mettaient en scène avec la musique la plus policée du monde des artistes comme Gluck qui avec cette Iphigénie mettait néanmoins un point d’orgue à la réforme qu’il avait souhaité pour l’Opéra : moins de virtuosité et plus de vérité dans la description des sentiments.Et le XIXe siècle dans tout cela ? Iphigénie en Tauride fut reprise le 10 septembre 1821 lors des débuts du ténor Adolphe Nourrit qui devait être la vedette du nouveau genre de spectacle qui allait s’installer à l’Académie royale de musique dès les années 1830 : le grand-opéra français.

Une oeuvre à voir pour se faire une idée personelle de cette reprise huée par une partie du pubic de l’Opéra…et à redécouvrir pour sa très belle partition.

Catherine Lebouleux
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