La correspondance croisée de George Sand et Eugène Delacroix nous donne à percevoir les débats qui dressent l’un contre l’autre les chefs de file de deux courants de peinture. Le dessin contre la couleur, tel est le centre des conversations qui animent le Salon bien avant que peinture académique et impressionnisme ne s’y affrontent dans la deuxième moitié du 19e siècle.
C’est un débat de fond qui, pendant la Renaissance italienne, voit l’école de Venise, réputée pour le chatoiement de ses couleurs, rivaliser avec l’excellence du dessin d’un Michel-Ange. Plus tard l’histoire de l’art mettra face à face Le Lorrain, soumis à la poésie de la lumière, et Poussin, soumis à la raison et la pureté du dessin.
George Sand écrit à Delacroix en janvier 1846 (celui-ci est à Bordeaux, il vient de perdre son frère Charles) :
” Revenez au moins jouir de la gloire qui vous attend au découvrir de votre coupole (ndlr : Delacroix travaillait à la décoration de la coupole de la bibiothèque de la chambre des pairs, càd au Palais du Luxembourg). Je sais que la gloire ne chatouille que fort peu un coeur navré dans ses affections, mais vous qui êtes un artiste sérieux, ne vous refusez pas au triomphe de la vérité dans votre oeuvre. [...] M. Ingres a exposé toute sa boutique au profit des pauvres artistes, à côté de David qui l’enfonce beaucoup et de Géricault et Prud’hon, qui avec de petites toiles, grandes comme la main, l’enfoncent tout à fait. Le public n’est pas dupe, et de rares amis s’extasient au milieu d’une foule qui fait la grimace. Finissez-en donc avec ce charlatan, et donnez-lui le coup de grâce.”
On peut souligner le propos d’Alain qui tend à étayer le propos de Sand et donner raison à sa véhémence.
” Évidemment Ingres adorait le dessin. Évidemment il aimait la peinture. Cela lui faisait deux Dieux qui ne s’accordaient pas. Je veux rappeler ici quelques notions assez cachées. Il n’y a pas de lignes dans la nature ; le dessin est de l’homme. (…) Plus vous y penserez, et mieux vous comprendrez qu’une forme humaine n’est pas limitée par des lignes, mais bien par des surfaces tournantes, si je puis exprimer ainsi le relief qui s’enfuit derrière la toile, mais que la main pourrait suivre dans l’objet. Nous croyons contempler, mais nous ne cessons de prendre et nous ne cessons de faire.”
Alain
Alors couleur ou dessin ?








juin 25, 2008 at 12:10
c’est un problème complexe, je dis tous les deux
Compliments pour le blog
Alessio de l’Italie
juin 25, 2008 at 12:32
Merci pour vos commentaires.
Je suis allée sur votre blog…hélas je ne parle pas l’italien…je comprends juste assez pour savourer mes opéras favoris.
Alors vous avez toute mon indulgence pour votre français.
A bientôt pour d’autres articles.
Catherine Lebouleux
Présidente de calisto-235