Une fois de plus je ressors mon bon vieux Lagarde et Michard des familles et je cherche Chateaubriand, René, 1802 : Levez-vous vite, orages désirés qui devez emporter René dans les espaces d’une autre vie !” Ainsi disant, je marchais à grands pas, le visage enflammé, le vent sifflant dans ma chevelure, ne sentant ni pluie, ni frimas, enchanté, tourmenté, et comme possédé par le démon de mon coeur.
GaspardFriedrich 
Voilà, nous sommes au coeur du sujet : Chateaubriand montre dans ce texte mythique qu’est René la toute puissance de l’individu, l’expression de soi, prototype que vehiculera tout le romantisme.

Mais peut-on parler d’un romantisme, unique universel ?
Le mot déjà vient de plus loin.
” Formé à partir du français romant, l’adjectif anglais romantic existe depuis au moins 1650 et signifie “pittoresque”, en même temps qu’il renvoie aux vieux romans de chevalerie.” Nous explique Gérard Gengembre dans son ouvrage Le Romantisme en France et en Europe.
Le romantisme, d’abord les romans de Walter Scott, et surtout surtout, la couleur locale !

Et puis il y a Rousseau et ses Rêveries d’un promeneur solitaire où le pittoresque parle à l’âme.
Stendhal s’essayera à une définition dans son Racine et Shakespeare de 1827, et Victor Hugo écrira la préface de Cromwell cette même année définissant pour vingt ans l’esthétique du drame romantique.
Pendant ce temps Delacroix, toujours en 1827, présente La Mort de Sardanapale au Salon et devient le chef de file des …romantiques !

Sensibilité, sentiment de la nature, nostalgie, mélancolie, mal de vivre, couleur locale tout cela forme le vieux fonds de cet immense courant qui remet en cause l’académisme à la française basé sur la raison avant que dans les années 1840, il ne s’allie à un autre mouvement qui prend corps : le socialisme et la cause du peuple.

Pour terminer cet horizon rapide …et français car le romantisme est un mouvement qui embrasse tout le monde occidental avec des particularités locales, laissons la place à Baudelaire qui témoigne, en observateur incontournable des courants artistiques de son siècle :
« Le romantisme n’est précisément ni dans le choix des sujets ni dans la vérité exacte, mais dans la manière de sentir. Ils l’ont cherché en dehors, et c’est en dedans qu’il était seulement possible de le trouver. Pour moi, le romantisme est l’expression la plus récente, la plus actuelle du beau. Il y a autant de beautés qu’il y a de manières habituelles de chercher le bonheur. La philosophie du progrès explique ceci clairement; ainsi, comme il y a eu autant d’idéaux qu’il y a eu pour les peuples de façons de comprendre la morale, l’amour, la religion, etc., le romantisme ne consistera pas dans une exécution parfaite, mais dans une conception analogue à la morale du siècle. C’est parce que quelques-uns l’ont placé dans la perfection du métier que nous avons eu le rococo du romantisme, le plus insupportable de tous sans contredit. Il faut donc, avant tout, connaître les aspects de la nature et les situations de l’homme, que les artistes du passé ont dédaignés ou n’ont pas connus. Qui dit romantisme dit art moderne, – c’est-à-dire intimité, spiritualité, couleur, aspiration vers l’infini, exprimées par tous les moyens que contiennent les arts. »
Baudelaire, Salon de 1846 

Article réalisé par Catherine Lebouleux pour
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