TOUTES LES ARCHIVES

18-19 septembre 2010 : calisto suit le Madrigal de Paris à Baume les messieurs et Dole

Le Madrigal de Paris proposait pour ce début de saison deux concerts dans le cadre des Journées du Patrimoine à Baume-les-Messieurs et Dole (Jura).

Nous suivons depuis longtemps cette formation dont l’excellence nous séduit à chaque concert. Le son du Madrigal, la direction limpide de Pierre Calmelet, dont la gestuelle fluide et ample souligne l’esthétique musicale, nous a décidé à organiser pour nos adhérents un week-end de découverte musicale, alliée à un programme culturel ponctué de haltes gustatives.

Je retiendrai pour ma part, les deux choeurs de Camille Saint-Saëns, La cigale et la foumi de Charles Gounod, La suite Lorca de Einojuhani Rautavaara, quatre pièces d’une beauté déchirante qui n’excluent pas une certaine forme de violence concentrée et retenue (Cordoba, le cri, la luna, la mort qui entre et sort), et ce somptueux Immortal Bach de Knut Nystedt. Pour ce choral de Bach, revu et revisité par cet organiste et chef de choeur finlandais, Pierre Calmelet avait choisi d’encercler le public de la collégiale de Dole par l’ensemble des choristes. La convergence du son nous a plongé au coeur même de la musique, libérant une émotion intense, tétanisant tout geste, marmorisant toute pensée, seule l’âme étant alors capable de répondre à ce cri d’une douceur exaspérée : Komm süsser Tod…

Catherine Lebouleux pour calisto-235

        

12-18 AVRIL 2010, REGARDS CROISES, Espace Kaméléon, 75014 Paris

Retour arrière vers une semaine pleine et riche de rencontres avec l’exposition Gaby Fossier Zein, peintre, la projection des films courts de Grégory Desarzens et l’accrochage parisien de Surimpression, photographies de Catherine Lebouleux.

Le vernissage fut l’occasion d’un moment convivial autour de Gaby, très entourée pour cette occasion et prenant la parole pour dire avec bonheur son plaisir de peindre. « Jamais je ne peins lorsque je ne vais pas bien » furent ses propos, balayant d’un coup toute envie de projeter dans son geste une quelconque nécessité d’exprimer un mal-être, une interrogation existentielle. Gaby Fossier laisse au temps le soin de réaliser la maturation de ses toiles pleines d’énergie et de couleur. Le geste exprime ensuite dans une sorte d’écriture automatique la condensation des énergies positives accumulées, amalgamées, et enfin restituées.

Un parcours en relief et en couleurs, à voir et à revoir sur le site : http://gabyfossierzein.free.fr/

Le parcours de Grégory Desarzens, en films et en danse est d’une teneur toute différente. Un point commun cependant réside dans la condensation de la réflexion préalable. Grégory dans son « Troisième oeil » nous rappelle la puissance de la vie intérieure, du parcours onirique, des trajectoires dictées par le regard de l’autre – ou l’absence de regard, quand intervient le troisième oeil, solution médiane, autre, originale, et pleinement légitimée par l’exception, la rareté, le déplacement de la réalité vers une autre logique en adéquation totale avec l’exception du voyage intérieur, personnel, individuel.

Son « ModernLove » nous entraîne dans une réflexion poignante sur l’extrême difficulté de la communication des choses enracinées et profondes, essentielles. L’exemplarité de l’exercice tient à l’utilisation de la danse qui propose une solution gestuelle et corporelle, éminemment communicante, pour traiter de ce thème de l’incommunicabilité des émotions.

Son clip enfin, « Letter from Boise » (http://www.protoclip.com/clips.php?idvideo=336&tri=&sens=&limit=0=), mettant en images une chanson de Matthias Durand, révèle une capacité à dire en images les intersticielles nuances de la musique et de la poésie qu’elle dégage.

Un parcours à suivre.

En savoir plus sur Grégory Desarzens : http://www.unifrance.org/annuaires/personne/348819/gregory-desarzens, http://www.dailymotion.com/DESARZENS

                      

22 NOVEMBRE -3 DECEMBRE 2009, FESTIVAL ECLECTIK235 : D’OR ET D’ESPAGNE

Le 2e festival calisto235 s’est terminé le jeudi 3 décembre après la projection de El Cochecito au Central Cinéma de Gif sur Yvette. Un festival riche qui a permis à l’association de faire de nouvelles rencontres et d’explorer de nouvelles voies.

Petit tour d’horizon en photographies :

Lecture Sand Viardot au Caf’Art Théâtre le 22 novembre

Claudine Vignon prête sa voix à George Sand, Catherine Lebouleux à Pauline Viardot

 Claudine Vignon  Catherine Lebouleux

Mardi 24 novembre, Soirée Andalouse, Cabaret du Lys, avec le concours de la Bibliothèque de Chevreuse. Pour clôturer la soirée Lydia Moretti-Gleyses (Librairie Les Racines du Vent, Chevreuse) présente quelques ouvrages autour du thème.

Les livres prêtés par la Bibiothèque Jean Racine pour l’occasion : un beau florilège !

La paëlla : un régal pour les yeux … et le palais !

A l’extérieur, l’ALC (Association Loisir Culture) de Chevreuse nous a installé un diaporama projeté sur la rue :

 

Le dimanche 29 novembre, reprise de la lecture « J’ai le bonheur de vous aimer » au Cabaret du Lys.

Autre ambiance, plus intimiste.

     

Le fil rouge de cette semaine, l’exposition Surimpression, installée au Cabaret du Lys du 23 au 29 novembre. Le Cabaret du Lys, une curiosité de la rue Lalande, lieu d’un charme exquis que l’on aime à retrouver et qui se prête à ce genre de manifestations.

Une occasion de retrouver Route de la Soie et de découvrir le livre-catalogue « Surimpression, les voies du silence »

Un aperçu de l’installation…

   

   

La série « Penchée sur son sourire » a fait l’unanimité.

A l’année prochaine dans la rue Lalande ?…à suivre

___________________________________________________________________________________

MERCREDI 16 SEPTEMBRE 2009 – CLUB DE L’ETOILE, PARIS – PROJECTION DU FILM « IMPRESSION OPERA » D’ARTHUR COLIGNON

   

POETES EN CERCLE – FESTIVAL ECLECTIK235 – LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN – VENDREDI 21 NOVEMBRE 2008

Dîner-spectacle

PROGRAMME :

Béranger / La Sylphide
La sylphide, personnage mythique de la littérature romantique du tout début du 19e siècle
Virginia Woolf / Orlando (1827)
Roman qui touche à la féerie. Orlando, jeune noble né au 16e siècle, se réveille femme un beau matin et connaît une longévité quasi surnaturelle
Béranger / Les Cinq étages (1830)
Les cinq âges de la femme et une caricature féroce de la société parisienne au tournant de 1830
Béranger / La Chatte (après 1836)
Chansons politiques, satiriques, mais aussi chansons qui évoquent le libertinage d’un 18e siècle encore proche…nous sommes sous les combles, mais encore au « premier étage » et le texte n’est pas sans évoquer la Jeune fille faisant danser son chien sur son lit de Fragonard (1770)
Béranger / Le Grenier (1828)
L’image d’Epinal de la jeunesse peu fortunée mais heureuse. Ici prend corps la nostalgie du 1er Empire qui étreint toute la génération née après la Révolution. C’est sur cette nostalgie, encore vivace dans les campagnes françaises après la révolution de 1848, que Louis Napoléon Bonaparte se fera élire premier président de la république…avec le destin que l’on sait.
Rimbaud / Soleil et chair, 29 avril 1870 (avant Sedan)
Un Rimbaud encore frémissant de sa formation classique, qui place la nature au centre d’une religion vaguement animiste. Nostalgie d’un panthéisme enfui au profit du règne de la raison, du positivisme et de la science toutes choses que l’homme entend maîtriser. Mais…l’amour…

Béranger / Ma République (1821)
Rimbaud / Morts de 92
Béranger / La Liberté (Ste Pélagie, 1822)

La République, la Liberté, le cœur des combats du 19e siècle. Rimbaud y fait écho dans ce terrible « Mort de 92 » écrit dans l’urgence le 3 septembre 1870 la veille du désastre de Sedan. Rimbaud, visionnaire…

Rimbaud / Lettre du voyant, 15 mai 1871
Qu’est-ce qu’être poète ? Rimbaud, le visionnaire surdoué.
Béranger / Les Souvenirs du peuple (1828)
Tout le souvenir de l’épopée napoléonienne qui laissa tout le premier 19e siècle dans la déshérence et le désenchantement. Ici c’est aussi l’image charismatique d’un homme qui donna une conclusion à la Révolution française. Tout le 19e siècle dut alors digérer…
Rimbaud / Lettre à Verlaine, avril 1872
L’amertume totale du jeune homme visionnaire désenchanté.
Rimbaud / Lettre à Théodore de Banville, 24 mai 1870
Retour en flash-back, vers l’espoir des débuts. Avant la fin cataclysmique du second Empire. Avant ses désenchantements littéraires.
Patti Smith / Devotions, 1973
L’admiration de Patti Smith pour “l’homme aux semelles de vent”
Patti Smith / Because the night
L’Amour reste le thème récurrent des poètes. Patti Smith inspirée : love is an angel disguised…if we believe in the night we trust because tonight are two lovers…

LES ACTEURS :

Sylvie Anglars

l’âme de la Terrasse de Sauvegrain
la baguette magique qui conçoit votre menu

Janet Douguet

soprano
présidente du Madrigal de Paris
La Sylphide (Béranger), Les Cinq étages (Béranger), Devotions to Arthur Rimbaud (Patti Smith), Because the night (Patti Smith)

Catherine Lebouleux

présidente de calisto-235
lectrice pour Poètes en cercle
Orlando (extrait, Virginia Woolf), Soleil et chair (extraits, Rimbaud), Lettre à Théodore de Banville (Rimbaud)

Jean-François Anglars

baryton
basse du groupe Los Cascouyos
La chatte (Béranger), Ma république (Béranger), La liberté (Béranger)

Alexandre Martin

baryton, guitariste, tromboniste
protagoniste du Comptinobook

Le grenier (Béranger), Les souvenirs du peuple (Béranger), Because the night (Patti Smith)

Alain Pinsolle

compositeur polyinstrumentiste
à l’accordéon pour Poètes en cercle
adaptation des musiques de Jean-Louis Murat

Christophe Rohart

comédien
lecteur pour Poètes en cercle

Soleil et chair (extrait, Rimbaud), Morts de 92 (Rimbaud), Lettre du voyant (Rimbaud), Lettre à Verlaine (Rimbaud)

Ils chantent et lisent des textes de …

Pierre Jean de Béranger
(1780-1857)

Le cercle du caveau moderne
Inventeur de la chanson libérale et patriotique…hanté par Lisette !

Arthur Rimbaud
(1854-1891)

Cercle des zutiques
Des « choses des poètes » à la noire amertume…le visionnaire abattu

Virginia Woolf
(1882-1941)

Le Bloomsbury Club
Un regard sarcastique – humour anglais oblige – sur la naissance de l’Empire britannique au 19e siècle

Patti Smith
Egérie du CBGB (Country, BlueGrass, and Blues and Other Music For Uplifting Gormandizers – Country, bluegrass, blues et autres musiques pour gourmandiseurs raffinés), New York

Because the night…belongs to lovers

Les chansons de Béranger sont interprétées sur leurs airs originaux ou sur les arrangements de Jean-Louis Murat extraits de l’album 1829 (La chatte, Ma république, La liberté)

 

LES SOLDATS DE L’ETERNITE – PINACOTHEQUE DE PARIS – JUSQU’AU 14 SEPTEMBRE 2008

Une abondante production écrite et virtuelle accompagne l’exposition des soldats de pierre de Xi’an présentés à la Pinacothèque de Paris jusqu’au 14 septembre 2008. Pas de quoi renchérir donc, l’exercice serait pléonastique et superfétatoire.

Pourquoi ne pas parler de la mise en espace de cette exposition, en dehors de toute polémique culturelle et politique autour de la concomitance d’un tel événement avec d’autres manifestations : moment plus qu’opportun et judicieusement choisi.

La Pinacothèque est un lieu somme toute exigu qui offre assez peu de latitude. A l’immensité des fosses du site archéologique de Xi’an, il nous est donné à suivre une promenade intimiste qui restitue dans le confinement des lieux l’humanité individuelle de ces guerriers venus du fond des âges.

Trois espaces successifs à découvrir.

La première pièce entre dans le vif du sujet en exposant deux guerriers et un magnifique quadrige dont les quatre petits chevaux blancs et les détails de l’attelage sont saisissants de vie.

Une deuxième salle franchement didactique donne à lire de nombreux panneaux sur les objets présentés : cloches, mobilier funéraire, canalisations, bijoux… L’éclairage feutré met les bronzes en valeur au détriment, hélas, d’une lecture pénible, puisque dans la pénombre, des panneaux de présentation. On relève néanmoins l’interrogation ébahie d’un commentaire qui nous explique qu’on s’étonne que les fondeurs de cloches, n’ayant que des connaissances mathématiques rudimentaires, aient pu fabriquer néanmoins des instruments qui restituent des tierces mineures et majeures parfaites. La présomption de notre époque nantie de technologie et de sciences exactes laisse sans voix.

Le clou de l’exposition attend le visiteur dans une ultime pièce circulaire qui expose quelques individus d’une grande beauté comme cet archer agenouillé qui semble vouloir bondir sur ses pieds.Dans un éclairage, là encore parcimonieux mais d’une très belle théâtralité, fantassins, archers, officiers de terre cuite nous offrent grandeur nature un regard dont la proximité, si elle ajoute l’humanité, n’enlève ni la grandeur ni la sévère sérénité.

L’exiguïté des lieux oblige la proximité forcé des visiteurs avec les œuvres. Ce pourrait être une magnifique opportunité de confrontation avec une forme de complétude accentuée par l’âge de ce manifeste culturel. Elle est quelque peu entravée par des appariteurs très nombreux et rendus nerveux par un système de sécurité qui semble très prégnant.

Catherine Lebouleux

L’ARBRE A CANNELLE  – PROMENADE PARISIENNE  – PASSAGE DES PANORAMAS

  

© catherine lebouleux

LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN – SOIREE ROCK – VENDREDI 21 MARS 2008

Résonances

Passer la porte aux huisseries bleues.
Résonance solaire.

Poutres et solives de bois sombre.
Résonances terriennes.

Nappes banches, géométries immaculées se détachant sur le carrelage à l’ancienne.
Résonances cossues.

Nappes parsemées de billes plates translucides, rouges ou incolores, sur lesquelles rebondit et danse déjà la lumière tremblotante des photophores.

Résonances feutrées d’un confort de l’âme enveloppé d’un quatuor à cordes développant ses onctuosités immatérielles avant que les nourritures terrestres ne comblent l’odorat, le palais, le corps tout entier pris dans les effluves savamment agencées par un savoir faire, un talent chaque fois renouvelé.

Nuit froide au-dehors.
Soir chaleureux au-dedans.
Mets déclinant la palette fleurie résonnante et proustienne des mariages réussis : couleurs, saveurs, parfums.

Crescendo vers les résonances festives.
Fureur de rire, fureur de vivre, bonne humeur en vrac, musique en rock. L’imaginaire séduit. Pétillance et ors du soir.
Résonance électrique.

La Vallée immobile et froide recule ses ombres à la chaleur du lieu et du moment.

Catherine Lebouleux

LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN – Saint Lambert des Bois (78) – UN PETIT POT DE CREME A L’ANCIENNE

La Carte des desserts vous propose :

Petit Pot de Crème à l’Ancienne
« Alexandrin gourmand pour un plaisir gourmet »

Voici une invite à la dégustation que nous offre la carte des desserts de La Terrasse de Sauvegrain, restaurant à Saint Lambert des Bois (78).
Ce petit pot dont l’appel claque avant de s’écouler dans les méandres doucereux et sucrés de l’allitération ailée du chocolat à l’ancienne…

Petit pot de crème qui ressemble comme un frère au petit pot de beurre que ma mère vous envoie, évocation secrète des contes de l’enfance qui trouve son écho dans la chute à l’ancienne.

Le chocolat de nos goûters d’antan qui renforce le tableau des ris et des jeux enfantins.

La crème, dire crèm’ en gardant entre les lèvres la gourmandise du m, fait un point d’orgue onctueux entre le rythme du petit pot et le chocolat à l’ancienne qui coule de source.

Présenté dans un petit pot de terre brune à la rondeur élégante et néanmoins rustique, l’entremet a l’onctuosité ferme et le goût subtil. Point trop sucré, chocolaté à point, il séduit le palais, fait un dessert raffiné, dont la magie gustative contente l’intime part de soi qui ressemble encore à l’enfance, réminiscence quelque peu proustienne de la gourmandise sucrée.

Catherine Lebouleux

La Terrasse de Sauvegrain
Sylvie et Jean-François Anglars

Restaurant, Saint Lambert des Bois (78)
http://www.laterrassedesauvegrain.com
laterrassedesauvegrain@wanadoo.fr

HAYDN, LES SEPT DERNIERES PAROLES DU CHRIST EN CROIX – EGLISE DES BLANCS MANTEAUX – 18 MARS 2008

Le Madrigal de Paris nous a offert mardi soir, 18 mars, à l’église des Blancs Manteaux au cœur du Marais un somptueux concert.

Les Sept Dernières Paroles du Christ en Croix de Joseph Haydn est une magnifique partition dont la richesse mélodique offre à l’auditeur plus d’une occasion de se trouver en osmose parfaite avec une œuvre lourde de sens.

L’homogénéité, la qualité d’une interprétation soutenue par la direction ample et rigoureuse de Pierre Calmelet ont fait de ce concert du Madrigal un moment d’exception.

Pierre Calmelet a fait le choix judicieux de ramener l’orchestre symphonique à neuf musiciens : une flûte, deux hautbois, un cor et un quintette à cordes. L’effectif réduit concentre l’effet, décuple le sens et donne à l’oratorio la forme d’un dialogue d’une grande intensité émotionnelle entre les instruments et le chœur. Telle une ligne élégante, aérienne, tantôt au premier plan, tantôt intimement mêlée à l’ensemble, la partie de soprano habille l’oratorio d’une aura diffuse et d’accents poignants.

Un hommage particulier doit être rendu à Astryd Cottet, qui a remplacé au pied levé la soprano Clémentine Decouture, souffrante ce soir-là. Elle nous a offert une interprétation d’une grande sensibilité jouant admirablement entre la sobriété que réclame l’austérité du sujet et le brio qu’exige le style de certains passages.

La dimension de l’œuvre d’une profonde humanité, d’un admirable équilibre, la rigueur et la richesse d’une interprétation dont les couleurs se sont succédées avec bonheur tout au long du concert en ont fait un moment rare, qui nous fait espérer que le Madrigal enregistre un jour cet oratorio.
Catherine Lebouleux

Le programme de la soirée présentait l’œuvre avec quelques éléments permettant d’en apprécier les qualités structurelles. Nous les exposons pour ceux qui souhaiteraient découvrir cette partition ou en approfondir son approche.

Première parole :
Vater ! Vergib ihnen, denn sie wissen nicht, was sie tun
Père, pardonne leur, ils ne savent pas ce qu’ils font

Un thème descendant, des rythmes pointés, des accents décalés, une juxtaposition de ryhhmes qui traduisent la supplication.

Deuxième parole :
Fürwahr, ich sag’es dir : Heute wirst du bei mir im Paradiese sein
En vérité, je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi au Paradis

Une déclamation très apaisée – notamment à la voix d’alto dans la partie centrale – l’alternance continue des tonalités majeures et mineures dans une grande simplicité musicale qui expriment la souffrance comme l’espérance.

Troisième parole :
Frau, hier siehe deinen Sohn, und du, siehe deine Mutter
Femme, voici ton fils, et toi, voici ta mère

Une écriture très dramatisée avec la répétition du motif descendant qui scande le début de cette sonate, l’ostinato de l’accompagnement orchestral, des parties vocales tourmentées (motifs en croches), l’utilisation d’un motif en croix sur le mot «Kreuze», de grands contrastes entre les interventions solistes et chorales.

Quatrième sonate :
Mein Gott ! Mein Gott ! Warum hast du mich verlassen ?
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ?

Une modulation d’un demi-ton très violente pour introduire le moment le plus désespéré de la passion du Christ ; c’est du reste la seule sonate de tonalité mineure qui se termine dans ce même mode. Pourtant une écriture chorale très verticale, un accompagnement orchestral surprenant, léger : c’est une méditation distanciée qui fait le lien entre le sacrifice du Christ, le rachat des hommes par le Père et le sens de la vie trouvée dans l’éternité (derniers mots du texte).

Cinquième sonate :
Jesus rufet : ach ! mich dürstet
Jésus crie : j’ai soif

Les pizzicati de l’orchestre évoquent l’épuisement ; la seule des paroles qui est énoncée par le soliste comme une réminiscence des passions de Bach. Un ton très dramatique pour un commentaire sur le scandale de la passion.

Sixième sonate :
Es ist volbracht
Tout est accompli

Pour cette dernière parole « terrestre » de Jésus, Haydn fait appel à la tonalité considérée comme la plus dramatique à l’époque classique, sol mineur. Et pour illustrer l’accompagnement des promesses de l’Ancien testament par le Christ, la paix et la joie qu’il apporte au monde, il marie style musical ancien homophonique (« Tout est accompli ») et style musical moderne galant de la fin du XVIIIe siècle (particulièrement dans les interventions de la soprano solo).

Septième parole :
Vater ! In deine Hände empfehle ich meinen Geist
Père entre Tes mains, je remets mon esprit

Une tonalité particulièrement affirmée et confiante pour une véritable allégorie virtuose et fleurie de l’humanité divine du Christ, comme si cette méditation n’était déjà plus de ce monde.

Tremblement de terre :

Effet très dramatique de ce presto final, et contraste entre le déchaînement de la partie orchestrale et le traitement presque toujours monodique et homophonique du chœur.

EXPOSITION MAN RAY – PINACOTHEQUE DE PARIS – DU 5 MARS AU 1ER JUIN 2008

 
Tout le monde a en tête, tel un souvenir collectif, témoin d’une mémoire photographique qui a déjà ses mythes, son histoire, son patrimoine, le Violon d’Ingres (1924).

Kiki de Montparnasse, égérie fascinée et fascinante, en buste dénudé, de dos, arborant sur sa chair les ouïes fantasmatiques d’un violoncelle devenue chair de femme.
Quelle part peut-on faire à l’humour, à l’autodérision, à la complicité dans cette déclinaison d’un fantasme classique en des années où la communauté artistique féminine libérait une formidable existentialité bien avant que Beauvoir lance son célèbre « on ne naît pas femme, on le devient »?
Le violon d’Ingres est l’arbre qui cache la forêt.
Un espace riche et foisonnant, quasiment inconnu du grand public qui oublie ou ne sait pas que si Ray a photographie Marcel Duchamp en Rrose Sélavy (1921), c’est parce qu’il avait dès son arrivée à Paris était happé par la communauté surréaliste et dadaïste avec laquelle d’évidents liens de parenté allaient le lier après l’échec de la branche dadaïste à New York tentée avec Duchamp.


Pas étonnant de trouver chez Man Ray, qui est avant tout peintre et ne consacra qu’une partie de sa carrière à la photographie, une tendance au Ready Made dans certaines de ses œuvres. D’ailleurs pour Ray c’est avant tout l’idée, le point départ de l’œuvre d’art qui prime et non l’objet en lui-même, sa présence physique.
L’exposition est très esthétique dans son parti pris de présentation des œuvres dans des encadrements souvent immenses dans lesquels auraient pu se perdre certains clichés, qui ne mesurent que quelques centimètres de hauteur. Au contraire, l’œil est attiré irrésistiblement vers ce centre où l’on reconnaît un Cocteau, un Stravinsky – étonnante photographie de Stravinsky, pris sur le vif – et d’autres.
Œuvre peinte toute en finesse, celle de Ray fut longue à connaître la consécration, ce qui explique sa carrière de photographe de célébrités parisiennes. Il ne sera considéré comme photographe d’art qu’après la découverte du procédé de solarisation et la mise au point de ce qu’il appelle le rayogramme.

Je relèverai pour ma part deux points d’orgue à cette exposition.

Tout d’abord, dans une petite vitrine, tout au début de l’exposition, Les invendables (1914) :
« Pourquoi ? Car c’est le nom qui est à vendre, sans la signature, le tableau ne vaut rien. Il faut prendre l’un et l’autre.
Il y a ceux qui retournent le tableau pour voir si c’est de la bonne toile de lin fin.
Le peintre tient son bâton à poil comme le barbier son blaireau, le musicien son archet, le soldat sa mitraillette, c’est ainsi qu’ils tiennent leur sexe, pour faire pipi, pour faire l’amour.
La vérité ? Il n’y a pas plus subversif que la vérité. »

L’artiste et la vérité, telle que la défendait Zola à propos de Manet : « Edouard Manet s’est demandé pourquoi mentir, pourquoi ne pas dire la vérité ; il nous a fait connaître Olympia ».

Ce texte, illustré par une gravure et présenté sous la forme d’un livre prend à la fois le sens amer d’un très jeune artiste peintre dont la peinture n’arrivera que très tard à s’imposer sur les marchés de l’art et résonne comme la sanction d’une société sur le point de basculer en 1914 dans le gouffre des tranchées.

Un peu plus loin, la présentation de Facile et Mains libres.
En 1921, Marcel Duchamp présente Man Ray à Paul Eluard. Cette rencontre donne l’occasion à Ray de travailler en 1935-1937 avec le poète sur deux recueils associant textes et images.
Facile, tout d’abord qui regroupe les textes du poète dédiés à sa femme Nusch. Pour ce recueil, Man Ray réalise une série de nus d’une très grande élégance qui ponctue et souligne celle de l’écriture :

Nue dans l’ombre et nue éblouie
Comme un ciel frissonnant d’éclairs
Tu te livres toi-même
Pour te livrer aux autres

Puis ce sera Mains libres dont le frontispice décrit le contenu comme étant des dessins de Ray illustrés par Eluard.

Une très belle exposition, à découvrir.
Catherine Lebouleux
Pinacothèque de Paris, place de la Madeleine, jusqu’au 1er juin 2008

Vous pouvez retrouver l’œuvre de Man Ray sur le site : http://www.manray-photo.com, site officiellement autorisé par le Man Ray Trust qui gère les œuvres de l’artiste.
Vous pouvez également visiter le site du Man Ray Trust : http://www.manraytrust.com

EXPOSITION ALEXANDRE ROSLIN (1718-1793) , un portraitiste pour l’Europe – 19 FEVRIER, 18 MAI  – CHATEAU DE VERSAILLES

L’exposition Roslin présentée à Versailles dans les appartements de Mesdames, filles de Louis XV, est une belle réussite.

L’intimité des pièces de l’aile nord est renforcée par le parti pris de laisser les volets clos. Les œuvres sont présentées dans une demi-pénombre que des éclairages discrets, corrigent en même temps qu’ils suivent les mises en lumière internes de chaque toile. On se croit éclairé aux chandelles.

En arrivant à l’ouverture, les appartements sont encore vides. Les visages dans cette lumière rare se détachent avec une intensité dont la matérialité s’accorde avec un implacable réalisme. Les étoffes semblent sortir des toiles dans leur froissement immobile et la poudre des perruques semble exhaler le secret parfum des atours d’autrefois.N’a-t-on pas envie d’ailleurs d’épousseter l’épaule du botaniste Carl von Linné blanchie de la poudre qui tombe de la perruque dont le catogan effleure une épaule alourdie par l’âge ?

Saisissant de réalisme, les portraits russes, Catherine II, Paul Petrovitch, Maria Féodorovna, sont impressionnants dans le rendu illusionniste des étoffes. Gustave III pourrait bien descendre de son piédestal et la main droite qu’il porte à sa hanche est d’une telle carnation qu’on peut à distance en saisir la tiédeur.

A regarder avec attention tous ces portraits, à regarder attentivement ces femmes qui vous regardent, visiteur dans l’ombre des lambris silencieux, on finit par ressentir quelque chose qui met non pas mal à l’aise, non…on cherche quelque chose qui dérange notre œil moderne dans ces visages que l’on pourrait croiser, même aujourd’hui, aux costumes et toilettes près…Un détail semble confirmer que ces femmes sont d’ailleurs et d’un autre temps. Rien de tel ne se dégage dans le rendu des physionomies masculines. On cherche. On va de l’une à l’autre. On s’approche, on recule, on va, on vient. Puis devant la très belle Marie-Louise Corbie d’Heurnonville, au regard si grand, si bleu…ces femmes ne s’épilent pas les sourcils ! Ces femmes, peintes dans toute leur éclatante vie, dardent des regards qui sont durement soulignés par ces lignes épaisses et sombres dont nous n’avons plus guère l’habitude.

Passé ce moment d’incertitude, une fois la différence mise en lumière, on l’oublie et la convergence des regards tend sans retenue vers le très beau portrait de Marie-Suzanne Giroust, épouse de l’artiste qui de ce geste détaché et plein d’une sorte de tendresse sensuelle et simple écarte ce voile noir et moiré qui ombre à demi son regard créant un contraste saisissant entre la profondeur de la sombre étoffe et la carnation délicate de la peau. La rondeur de la gorge semble frémir à chaque battement d’un cœur qui s’élance avec toute cette tendresse enveloppée d’une élégance teintée de mystère et de jeu. Noire la moire, noir l’œil, noir le ruban de velours autour du cou. La lumière sur le front éclaire tout et le sourire nous invite à vouloir lui parler.

Elle est là devant nous, prête à répondre, et l’on imagine sans peine le timbre de la voix qui semble vouloir éclore au bord d’une lèvre à l’exquis dessin.

Catherine Lebouleux

DÎNER A LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN, SAINT LAMBERT DES BOIS (78) – 15 DECEMBRE 2007


AUTOUR DE LA SYLPHIDE
Une occasion de découvrir ou redécouvrir un mythe revisité par Calisto-235 :
les réactions de la presse lors de la création, l’engouement des journalistes et des « gants jaunes » pour Marie Taglioni, la garde robe d’une étoile…enfin des textes, lus par un comédien, vous feront revivre quelques uns des visages inattendus d’une diva de la danse.
La Terrasse de Sauvegrain nous accueille dans cette ambiance chaleureuse et raffinée que nous connaissons et dont l’environnement boisé ne pouvait que convenir à l’évocation d’un thème éminemment romantique.

CALISTO : UNE ETOILE EST NEE

(Divertissement en un acte)

Décor :
Une nuit claire et vive de décembre dans la Vallée de Chevreuse. Les convives se trouvent autour d’une table de La Terrasse de Sauvegrain à Saint Lambert des Bois, auprès du feu qui crépite dans la cheminée.

L’argument :
Nous sommes au premier dîner conférence de l’association Calisto-235. Pendant que le corps se nourrit de gastronomie, l’esprit se nourrit de réflexions au sujet de La Sylphide, premier ballet dont le livret ose traiter d’un sujet non mythologique ou antique au profit d’une histoire plus terre à terre se déroulant en Ecosse.

Les interprètes :
Prima Donna – Catherine qui nous régalera d’anecdotes et de morceaux succulents au sujet du ballet – ses créateurs, ses personnages, ses costumes….

Invité d’honneur, premier « homme » – Pierre Antoine Villemaine qui de sa voix posée et timbrée nous lira des documents de l’époque de la plume de Théophile Gautier, témoignant des ses impressions à la création de ce ballet, de la vie des danseuses (et de leurs admirateurs) au foyer de l’Opéra, de la loge des abonnés.

Le corps du ballet – alias les membres de Calisto réunis pour déguster, dans une ambiance conviviale, les mets servis avec goût par Sylvie et Jean-François dans un pas de deux réglé à la perfection, tout en rêvant à ces êtres surnaturels peuplant bois et forêts.

Le déroulement :
Catherine nous relate La Sylphide, personnifiée par la délicieuse Marie Taglioni.
La blancheur vaporeuse du tutu de la danseuse, allégorie aérienne des mousselines légères venant glisser sur nos palais en amuse-bouche.
Les plats se succèdent succulents, entrecoupés, en guise d’entremets, d’épisodes de la vie de la ballerine et de son ballet de prédilection.

Le final :
Une belle soirée pour fêter les débuts de Calisto.
Le public est enchanté.
Nous ne pouvons que clamer « BIS » !

Janet Douguet, membre de Calisto-235, chroniqueuse d’un soir.

MAURICE BEJART NOUS QUITTE – 22 NOVEMBRE 2007

J’ai rencontré à New York un public qui m’a aimé. Quelqu’un cherche-t-il autre chose ? J’apporte de l’amour et on m’en donne : c’est le seul marché qui m’intéresse.  

Au départ un ballet c’est quoi ? C’est ou bien une histoire, ou bien une musique, ou bien une vision, ou bien un interprète. Je tombe amoureux de telle fille ou de tel garçon et je fais un ballet par rapport à lui ou à elle. En tout cas, il faut garder ce point de départ très vif et il faut savoir que le reste ne compte pas. Je crée parce que j’ai besoin, parce que je veux être éclairé.
Béjart, L’Amour, La Danse…un de ses derniers ballets…Lumière

Le sacre du printemps – Boléro – Lumière – Wien Wien nur du allein – Vie parisienne – Messe pour le temps présent – Symphonie pour un homme seul – Héliogabale – Nijinski clown de Dieu – Notre Faust – Romeo et Juliette – La IXe symphonie Beethoven – Le mandarin merveilleux – L’oiseau de feu…

LES VENDREDIS MUSICAUX DE LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN – DÎNER CONCERT AVEC LES MOODY MOOD PEAKERS – 16 NOVEMBRE 2007

  

© catherine lebouleux

REQUIEM DE FAURE – LA CHAPELLE ROYALE, VERSAILLES – 25 OCTOBRE 2007

Les Jeudis Musicaux de la Chapelle Royale du Château de Versailles, proposés depuis seize ans par les Pages et les Chantres du Centre de Musique Baroque de Versailles, ouvraient leur saison 2007-2008 en invitant trois ensembles vocaux : Le Madrigal de Paris (direction, P. Calmelet), Les Temps modernes (direction, D Thuillier), L’Ensemble vocal de St Quentin en Yvelines (direction, V. Josse).

L’orchestre des Conservatoires de Versailles et de Boulogne Billancourt ouvrait le programme avec la version orchestrale, créée en 1920, un an après la version pour piano, du Tombeau de Couperin de Maurice Ravel. Cette pièce qui est un hommage à la musique du XVIIIe siècle, trouvait donc sous les ors de la Chapelle Royale une place éminemment symbolique.

La beauté rayonnante de la jeunesse et du talent naissant donna à ces pièces au souffle apaisé une dimension particulière lorsque l’on sait que chacune d’elle fut dédiée par le compositeur à un ami, tombé au feu au cours de la Première Guerre mondiale. La Toccata finale fut enlevée avec une verve éblouissante sous la direction de Bernard Le Monnier.

On avait apprécié pour cette première partie l’effet « lissant » de l’acoustique de la Chapelle, mettant particulièrement en valeur les parties d’instruments à vent et donnant à l’ensemble une atmosphère de fluidité sereine.

Cette effet fut saisissant dès les premières mesures du Requiem de Fauré œuvre contrastée qui chemine depuis ce terrible et sombre Introit jusqu’au Paradis final dont on croit entendre les voix angéliques.

Le Libera me reprend après l’Agnus Dei à l’ample et quasi extatique Lux aeterna luceat les couleurs sombres du début de l’œuvre. Le jeune baryton Louis Nougayrède y trouva des accents poignants qui accentuèrent l’explosion de détresse du Dies irae.

Une grande homogénéité des timbres des voix féminines ont permis à ce Requiem d’en souligner la paix sous jacente dont le noyau central est ce magnifique Pie Jesu chanté par la soprano Virginie Thomas qui en a restitué tout l’éclat adamantin.

Et sur fond de marbre et d’ors volaient les mains blanches et dansantes de Bernard Le Monnier conduisant cette somptueuse musique d’un Fauré inspiré, offrant une version de Requiem émerveillée et personnelle : « Mon Requiem, on a dit qu’il n’exprimait pas l’effroi de la mort, quelqu’un l’a appelé une berceuse de la mort. Mais c’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux… Mon Requiem a été composé pour rien… pour le plaisir si j’ose dire… Peut-être ai-je ainsi, d’instinct, cherché à sortir du convenu, voilà si longtemps que j’accompagne à l’orgue des services d’enterrement ! J’en ai par-dessus la tête. J’ai voulu faire autre chose ».

Catherine Lebouleux
27 octobre 2007

POLNAREFF A BERCY – 9, 10 JUIN 2007

Etre spécialiste du théâtre au XIXe siècle et s’intéresser de près et plus généralement au spectacle vivant interdit de cloisonner les genres et oblige à certains rapprochements incontournables.Ce soir, je ne peux m’empêcher de penser à Catherine de Médicis rapportant dans ses bagages italiens le très fameux Torelli, qui allait installer une tradition séculaire de théâtre à grand spectacle, avec machineries, engins volants, effets de sons et de lumières. Il imagina les dieux de l’Olympe et les mit en scène dans la non moins fameuse salle des Machines des Tuileries !Des générations de castrats s’envoleront ainsi traversant le siècle des Lumières sur des chars tous plus dorés les uns que les autres.

Le XIXe siècle fut tout aussi féérique pour le théâtre, avec ses inventions, depuis le diorama de Daguerre en 1822, jusqu’au soleil électrique qui illumina la création du Prophète en 1849 et laissa pantois le public de l’Opéra qui se souvenait encore de l’éruption du Vésuve qu’avait imaginé Jacques Solomé pour La Muette de Portici en 1828.

Revenons en 2007 et à Bercy.

Que penserait Duponchel qui avait installé à l’Opéra feux d’artifice et débauche de jets d’eau pour sa Tempête en 1834?…Il ferait un pacte avec le diable pour, à la manière de Faust, se refaire une santé avec toutes ces nouvelles technologies plus féériques les unes que les autres !

Bercy est illuminé, le spectacle est d’une irréprochable magie et octroie deux heures et demie de rêve visuel et irisé. Mais il faut savoir faire abstraction de cette superbe scènographie pour goûter à leur juste valeur les performances des artistes : de fabuleux moments de musique ! Les percussions sont particulièrement mises en valeur avec deux solos à faire se pâmer de jalousie n’importe quel apprenti batteur.

Gardons pour la fin un Polnareff, dont les qualités de pianiste rappellent parfois Keith Jarrett et qui annonce la couleur dès le début du spectacle : il lui tient à coeur de prouver que sa voix a gardé ses qualités de haute-contre, cette voix de tête qui est sa marque, ce phrasé inimitable et cette formidable tessiture qui balaye un large spectre de couleurs !

Pari gagné!

Catherine Lebouleux

FÊTE DES FERMES EN VALLEE DE CHEVREUSE – LA TERRASSE DE SAUVEGRAIN – 2, 3 JUIN 2007

Fête des fermes en Vallée de Chevreuse :
Dimanche 3 juin dégustation à La Terrasse de Sauvegrain, Saint Lambert des Bois

L’association des saveurs du terroir et du savoir-faire, la rencontre des exigences donnent une tonalité d’exception au partenariat engagé par La Terrasse de Sauvegrain, à Saint Lambert des Bois, avec des fermes des environs (Ferme des Trois ponts, Auffargis, Ferme de Coubertin, Saint Rémy les Chevreuse, Ferme du village, Barville).

Le coup d’envoi en était donné ce dimanche 3 juin lors de La Fête des Fermes en Vallée de Chevreuse, manifestation traditionnellement organisée par le Parc Naturel Régional de Haute Vallée de Chevreuse.

Dans un écrin de verdure serrée, le restaurant vous accueille de toutes ses huisseries d’un bleu solaire. La terrasse surplombe les jardins dont les pentes s’amenuisent jusqu’au cours d’eau qui sillonne le val en contrebas.
Mobilier en bois exotique, protégé de vélums et parasols jaune paille, fleurs et plantes à profusion dans un enchevêtrement savant qui affleure les degrés, le bas des murs. Le vert des lierres et des ampélopsis s’épanouit sur l’ocre gris du bâtiment et vient frapper comme une vague verte les gouttières en cuivre qui reflétaient en éclairs fugitifs la lumière dardant ses éclats pâles, ce dimanche, à travers un ciel un peu couvert, un peu orageux.

La carte est inventive, attrayante, décline des saveurs qu’on devine raffinées.
Petite crème brûlée de foie gras aux fruits secs…le joyau des entrées ! On y revient avec un plaisir chaque fois renouvelé. Elle ferait à elle seule la renommée d’une table et ce pourrait être une signature.Mais ce serait oublier la tonalité majeure de l’ensemble dont les couleurs originales soulignent rôts, poissons, volailles.
Le magret de canard au miel et aux épices a l’enthousiasme d’un allegro de Vivaldi et célèbre le mariage subtil des épices, de la douceur granuleuse du miel et de la tendre chair délicatement saisie du canard.
Ne pas rater les assiettes de fromages venus directement des fermes !
Le dilemme réside enfin dans le choix des desserts. Si vous êtes chocolat, n’hésitez pas une seule seconde ! Goûtez le fondant : il est d’un moelleux exemplaire. Sinon lancez-vous : tout est beau à l’œil, exquis au palais, toujours présenté avec une inventivité délicate. Les assiettes sont poétiques et fleuries. Les pétales semblent avoir décollé des parterres pour en venir parfumer les bords.

Il faut aller déguster tous ces produits du terroir mis en valeur avec beaucoup d’originalité et de raffinement.
Vous avez tout le mois de juin pour profiter de cette savoureuse initiative de La Terrasse de Sauvegrain .

Catherine Lebouleux

La Terrasse De Sauvegrain
14 rue Port Royal
78470 Saint Lambert Des Bois
http://www.laterrassedesauvegrain.com
laterrassedesauvegrain@wanadoo.fr

JOURNAL D’INQUIETUDE – THIERRY BAË – THEÂTRE DE LA BASTILLE – DU 23 AVRIL AU 5 MAI 2007

La salle est comble. Public bigarré. Des artistes. Des danseurs. Reconnaissables. Un danseur est reconnaissable toujours : la démarche, les vêtements, improbable échafaudage de couleurs, d’étoffes dépareillées, de vieux et de neuf, de mode et de contre-courant. Un ou deux comédiens connus – mais dont on ne se rappelle jamais le nom : vus à la télé mille fois. Ici on est à Paris. France. Centre du monde. Urbain. Culturel. Rien à voir avec le snobisme de l’Opéra. Ici c’est le snobisme urbain. Artistique. Gens enthousiastes. Couples hétéro et homo mélangés. Mains dans la main à tous les rangs. Je suis seule. Solitude peuplée. Mais seule. Des collègues disséminés dans les rangs : foule trop dense pour se retrouver tous regroupés. Mais derrière moi Anne et son mari. Elle dirige le service culture. Elle danse. Elle connaît le chorégraphe de ce soir.

Avant le spectacle nous avons tenu salon au bord de la rue fétide. Une bière pression et conversation à bâtons rompus dans la fumée, la musique qui hurle au dessus du comptoir et les voitures qui passent.
C’est bruyant. Odeurs écœurantes un peu, chaleur urbaine, un peu étouffante.
Je suis bien je pense à ce que je vais écrire sur tout cela. J’ai une âme de chroniqueur.
La pièce dansée ce soir, Journal d’inquiétude,  c’est la peur de la page blanche et les affres de la création.
Cela me concerne. Je suis donc d’emblée sur un terrain connu.

Lui, le chorégraphe a d’autres problèmes à gérer : sa création, d’abord mais aussi son âge – il a 45 ans – qui imprime à son corps des contraintes, qui lui parle du « jamais plus », et la maladie. Il est atteint de mucoviscidose. Pas simple à intégrer dans la vie d’un danseur. Mais rien n’est angoissant. Tout est traité avec le ton juste : dire les choses sans les minimiser ni les dramatiser.

« Nous avons tous une parole intérieure qui anticipe ou commente et parfois se retire. Cette parole situe des espaces de pensées liés au corps physique, émotionnel, voire l’espace de pensée voué à la pensée. » Thierry Baë, chorégraphe de Traits de ciel

Il y a beaucoup d’humour aussi. On rit. Franchement.

Oui, c’est toujours le ton juste sur soi, l’intérieur de soi. L’expression de l’intérieur de soi. De cette parole intérieure, qu’il faut extirper. Accouchement parfois douloureux. Mais instant de grâce quand on colle parfaitement au sujet.

Je me pose la question.
C’est quoi ma parole intérieure ?
Qu’est-ce que j’ai à dire ?
Quel essentiel ai-je à transmettre ?????

Se mettre en scène, en paroles, ne doit pas l’être en vain. Il faut la matière et le réceptacle.

Catherine Lebouleux

BALMER DIT BALZAC, LE QUATUOR LUDWIG JOUE BEETHOVEN – THEÂTRE DE LA MADELEINE – AVRIL 2007

Quelle injure faite à Balzac, Beethoven, Jean-François Balmer et le Quatuor Ludwig que cette salle quasi vide ! Et pourtant quel superbe moment ! Deux monuments de la culture occidentale, servis par un comédien hors pair et une des meilleures formations de quatuor actuellement en activité. Un théâtre dans un quartier de Paris des plus agréables, la Madeleine, la place de la concorde, le ministère de l’intérieur, pas très loin, l’Opéra. Une salle à échelle humaine, au décor délicieusement suranné, aux fauteuils d’un rouge restauré et clinquant, des ouvreuses rémunérées au pourboire.

EMOTION BALZACIENNE

Une halte hors de la vitesse, hors des bruits, hors des modes, hors du temps…les spectateurs eux-mêmes sont un peu hors de propos et pourtant au rang devant deux grands ados qui finiront la soirée en vantant les délicieuses formules décapantes d’un Balzac dont on avait oublié qu’avant d’être taxé de fastidieux peut faire preuve d’un humour grinçant et dont l’émotion est mise en évidence par un Balmer en grande forme qui, se prenant au jeu, doit étancher sa propre émotion dans un grand mouchoir blanc, discrètement, pendant que les instruments soulignent la mort du père Goriot avec le poignant adagio du quatuor La Malinconia, opus 18 n°6.

« Mon paradis était rue de Jussienne. Dites donc si je vais en paradis, je pourrai revenir sur terre en esprit autour d’elles. J’ai entendu dire de ces choses-là. Sont-elles vraies ? […] Je les aime tant, que j’avalais tous les affronts par lesquels elles me vendaient une pauvre petite jouissance honteuse. Un père se cacher pour voir ses filles ! Je leur ai donné ma vie, elles ne me donneront pas une heure aujourd’hui. J’ai soif, j’ai faim, le cœur me brûle, elles ne viendront pas rafraîchir mon agonie, car je meurs, je le sens […] Je veux mes filles ! je les ai faites ! elles sont à moi ! » Balzac, Le père Goriot

HUMOUR BALZACIEN

Mais il y a aussi dans la manière de Balzac, un humour franc, une moquerie ironique dont la finesse n’empêche en rien l’efficacité comique : la description de la maison Vauquer extraite elle aussi du père Goriot est à se pâmer d’aise !

On y voit la pancarte de la pension : « pension bourgeoise des deux sexes et autres », on y respire « l’odeur de la pension […] qui sent le renfermé, le moisi, le rance ».

La description odoriférante du salon se termine pour passer à celle de la salle à manger…allez, je te la transcris en entier, tu ne peux qu’apprécier à sa juste valeur :

« Cette salle, entièrement boisée, fut jadis peinte en une couleur indistincte aujourd’hui, qui forme un fond sur lequel la crasse a imprimé ses couches de manière à y dessiner des figures bizarres. Elle est plaquée de buffets gluants sur lesquels sont des carafes échancrées, ternies, des ronds de moiré métallique, des piles d’assiettes en porcelaine épaisse, à bords bleus, fabriqués à Tournai. Dans un angle est placée une boîte à cases numérotées qui sert à garder les serviettes, ou tachées ou vineuses, de chaque pensionnaire. Il s’y rencontre de ces meubles indestructibles, proscrits partout, mais placés là comme le sont les débris de la civilisation des Incurables ». S’y rajoute « une longue table couverte en toile cirée assez grasse pour qu’un facétieux externe y décrive son nom en se servant de son doigt comme de style ». Mais le summum, c’est l’apparition de Madame Vauquer qui peut respirer « l’air chaudement fétide [de sa pension] sans être écoeurée » et « dont l’expression passe du sourire prescrit aux danseuses à l’amer renfrognement de l’escompteur » !

Bref, une anthologie !

VOULOIR, POUVOIR, SAVOIR / JOIE, SOUFFRANCE

La lecture se termine par un extrait de la Peau de chagrin qui donne toute sa mythique dimension à l’œuvre de Balzac. Car au-delà de la volonté qu’il eut de vouloir écrire « l’histoire oubliée par tant d’historiens, celle des mœurs », il éclaire son propos d’une réflexion globale sur l’activité humaine :

« L’homme s’épuise par deux actes instinctivement accomplis qui tarissent les sources de son existence. Deux verbes expriment toutes les formes que prennent ces deux causes de mort :
VOULOIR et POUVOIR.
Entre ces deux termes de l’action humaine, il est une autre formule dont s’emparent les sages, et je lui dois le bonheur et ma longévité. Vouloir nous brûle et Pouvoir nous détruit ; mais SAVOIR laisse notre faible organisation dans un perpétuel état de calme. Ainsi le désir ou le vouloir est mort en moi, tué par la pensée.
Entre deux mots, j’ai placé ma vie, non dans le cœur qui se brise, non dans les sens qui s’émoussent, mais dans le cerveau qui ne s’use pas et qui survit à tout ». Balzac, La Peau de chagrin, le Talisman
Beethoven quand à lui retient joie et souffrance : « nous, êtres limités , dit-il, à l’esprit illimité, sommes uniquement nés pour la joie et la souffrance. Et on pourrait presque dire que les plus éminents s’emparent  de la joie au travers de la souffrance ».
LA PART DE LA JOIE ET DU BONHEUR DANS UNE SOUFFRANCE

Le savoir permet, aide peut-être à trouver justement le chemin qui montre dans une souffrance la part de la joie, ou de l’émotion positive…il m’arrive dans des moments d’abattement ou de découragement de sentir poindre au fond de moi un immense attendrissement pour la cause même de cet abattement ou de ce découragement. Au moment où l’on revient à la cause même de ce découragement, on ne peut que se dire : oui, c’est vrai ceci ou cela est difficile à atteindre, mais après tout le sentiment même de la chose à atteindre, ce sentiment concentré de vouloir atteindre quelque chose ou quelqu’un te ramène à la force de l’élan que tu as pour cette chose ou cette personne et tu te dis à ce moment que ce sentiment exaspéré de découragement ne le serait pas tant si la force du sentiment premier n’existait pas. Tu fermes alors les yeux et tu penses qu’au fond c’est bien comme cela parce que tu sens cet élan qui transforme ta vie d’un désert en jardin luxuriant.

Balmer est admirable…il n’est pas dans ma galerie des amours de ma vie mais presque, presque. J’aime son côté rabelaisien. Sa voix cassée. Son côté un peu ours. Il était fantastique dans sa composition d’un Louis XVI criant de vérité dans La Révolution française de Robert Enrico.

Alors une salle presque vide en face de tout cela c’est une injure à ces géants !

Catherine Lebouleux

LADY CHATTERLEY, CESAR DU MEILLEUR FILM – AVRIL 2007

En arrivant, les tulipes étaient encore ouvertes, rose- orangé, dans le contre-jour lumineux et chaud, trop chaud, de ce soir d’avril.


Tout d’abord la beauté des images. Des couleurs. Des couleurs de la nature.
C’est un film dont le rythme suit celui des saisons et de la nature qui s’épanouit.
Des gros plans de fleurs, de feuillages, de mousses, d’herbes, les grands fûts sous le ciel et la lumière.
Toutes les couleurs, toutes les lumières, le bruissement des plantes sous le vent, l’eau de la source qui court sur les pierres, le clapotis de la pluie sur les feuilles qui grelottent, le tourbillon des flocons de neige, silencieux et ouaté, les feux qui crépitent, les silences bruissant de la nature qui palpite, les pas sur les tapis de feuilles, les longues jupes qui frôlent les genêts, les branches basses qu’on écarte pour découvrir un nid de sensuelle nature…
Un nid de sensuelle nature…car ici tout parle aux sens, les yeux qui caressent l’horizon, les mains qui palpent la mousse tendre autour d’une écorce trop rude, les narines qui frémissent à l’odeur des premières jonquilles, les cheveux qui volent, tendres frisures autour d’un visage inondé de soleil, la chaleur de l’été, l’obscurité épaisse et palpable d’un cœur de nuit, les premières lueurs de l’aube, et le corps qui s’éveille en même temps que le cœur s’oeuvre.

C’est un film sensuel sur la sensualité. Et sur la totale sensualité. C’est à dire qui replace les sensations du cœur et du corps au sein de la nature, du rythme de celle-ci : aucune dissociation. Cœur, corps, le monde autour du cœur et du corps. Pas de dissociation sociale de l’une de ces trois choses par rapport aux deux autres. C’est la redécouverte d’une harmonie totale sans préjugés, ni culpabilité. A aucun moment n’est porté un regard qui juge. Il n’a aucun jugement : ni moral, ni social.

C’est l’analyse subtile et délicate d’un cheminement qui hors des sentiers tracés de la civilisation et de la société tente de retrouver l’essentiel des rapports entre la sexualité, la sensualité et l’amour : d’abord l’attirance instinctive à laquelle on se livre sans réfléchir et sans honte ; le choc un peu violent du sexe ; la découverte de l’autre de son regard et de son corps – oser toucher l’être aimé, oser le regarder ; l’éveil des sens, une scène magnifique et dionysiaque où ils courent nus sous la pluie, ils jouent à se poursuivre, il y a là une joie bestiale et enivrante de l’air, de l’eau, du soleil qui revient sur la peau ; la découverte et l’abandon à la volupté ; l’aveu que toute cette harmonie est amour ; enfin la parole qui est le dernier abandon de soi à l’autre, se dire, avouer ses différences, ses faiblesses, l’émotion qui étreint enfin, les larmes de soulagement, l’être tout entier soulagé de cet abandon et la tendresse qui submerge et qui se laisse aller à une étreinte douce et forte.

La dernière scène est touchée par la grâce : cet homme, qu’on pourrait dire frustre, qui abandonne toute fierté et tout préjugé – un discours sous jacent sur la place sociale de l’homme et de la femme au sein du couple – qui s’abandonne à l’amour, à cette femme fine, intelligente, pleine de délicate candeur et de force – elle est forte de son amour sans fin, sans retenue, sans fausse honte ni fausse pudeur, elle est l’amour – cet homme dit OUI.

Ce OUI concentre en lui seul toute la beauté du film et lui donne aussi toute sa signification. Peu importe ce qui arrive après. Ce que la vie réserve à ces deux êtres. Ce n’est pas important. L’important c’est l’existence même de cet amour auquel ils s’abandonnent, qui les a ouverts au monde au-delà d’eux-mêmes et qui a brisé leur solitude.
Lui, dit OUI et elle lui dit « je veux que ton cœur reste doux et comme ça je suis sûre que je ne pourrai pas te perdre ».
En sortant, dans la nuit, les tulipes étaient toute fermées pour se protéger de l’obscurité et pour garder leur secret. Peut-être un secret d’amour. En tout cas un secret de vie.

Catherine Lebouleux

VALERIE LEULLIOT AU CAFE DE LA DANSE – 28, 29 MARS 2007

Volontairement dans ce texte, je n’ai pas marqué la frontière entre la réalité et le littéraire, voire le poétique et l’onirique. Parce que j’avais besoin d’écrire, de laisser partir les mots. C’est parfois essentiel de se laisser guider par les mots. C’est un exercice salutaire. Il faut leur faire confiance. Ils nous emmènent souvent là où nous devons aller. Et au détour de divagations sans logique, nous arrivons à la lumière qui fuse et qui illumine soudain le texte de toute son étonnante vibration. Cet éclair est alors vérité profonde affleurant dans les images aléatoires et les démesures de la parole. Il fait comme l’océan qui laboure l’âme de ses rouleaux incessants, charrie le limon et exsude le moindre déchet.
Il te faudra donc, toi qui me lis, faire un tri et trouver le moment où la ligne de démarcation devient floue et s’efface. Il y a un moment où je ne serai plus moi et où tu seras à peine toi en me lisant. Peut-être aussi que ta ligne de démarcation ne sera pas la même que la mienne ?

J’ai découvert un quartier de Paris que je ne connaissais pas du tout. Tout juste derrière la place de la Bastille. Le Café de la Danse est dans le passage Louis-Philippe, dans ce lacis de ruelles derrière la rue du faubourg Saint Antoine. Un quartier presque indescriptible. Fait de populaire, de misère parfois, de folklore du monde entier, d’un mélange de pittoresque et de parisianisme. On n’y retrouve pas le spectateur de l’Opéra ici, il est resté parqué autour du Génie ailé qui court au-dessous du ciel parisien de son éternel allure juvénile et svelte.
Pour tout dire cet endroit colle parfaitement à mes jeans déchirés et mes vareuses baba-cool ! Enfin c’est plutôt moi qui ne détone pas. Ici, dans un tel endroit, je ne détone pas ni ne dénote. Ici j’ai l’intuition que n’importe qui pourrait me tenir par la main ou par la taille ou par le cou, pour me guider sur les pavés et me glisser des caresses d’amour dans l’âme qui ferait d’abord à mon oreille une musique balbutiante et douce.
C’est un endroit où l’amour a droit de cité. Un endroit pour filmer une rencontre fulgurante et brutale d’amour qui surgit, qui s’en va et se meut en toute suavité dans une vie sans heurts. C’est quand même une histoire qui cause une rupture et rompt les images autour d’elle : en apercevant l’amour qui surgit, idéal et beau comme un Eros grec, je pars danser quelque part sur la lumière qui fouille la ville et les rues jusqu’au moindre pan de mur. Elle sera aussi dans la chaleur de tous mes regards et de toutes les vagues océanes qui jaillissent de ma plume de poète et éclaboussent tes yeux qui lisent dans la pénombre du soir, quand toute une maison s’endort. Il y aura de quoi danser jusqu’à la fin des temps sur cette lumière en arc en ciel, chemin de finitude. A son acmé je dormirai, enveloppée de la douceur rêvée. Le tendre enlèvement des jours.
Trop de beauté. Et trop d’amour. Et l’amour, comme une terre de feu, s’est enfoncé dans la mouvance saline qui a fini par le couvrir jusqu’aux épaules. Quand, pour la dernière fois, il a pu se retourner vers le poète resté au rivage, son visage dans un halo de lumière rouge a flamboyé sur l’horizon. Le poète est mort foudroyé de cette vision d’insoutenable beauté. Ses yeux, les yeux mortels de l’amour dardaient. Le monde était si beau ce soir-là ! Ses épaules si rondes qu’elles n’avaient rien d’un Atlas mais plutôt d’une mère qui porte ses enfants.

Comment ai-je pu laisser si loin vagabonder mon âme ? Il pleuvait fin, il pleuvait serré. Les gouttières déversaient en cataracte l’eau du ciel qui n’avait pas trouvé le chemin vers la terre.

J’arrive. La façade est comme je les aime : urbaine et parisienne. Ce n’est pas la même chose.

En attendant l’ouverture des portes, on entend les derniers accords qui sont derniers raccords.
Ici, je suis sur mon île, soudain transportée. Le vent doucement dans les cimes souffle et chante lui aussi la beauté du monde. Là, bien là.
Le concert sera court, tissé de chansons qui disent toute l’âpreté de l’amour, son exquise lourdeur et sa fatale légèreté.

J’ai bu l’eau du Gange
Abusé des mélanges
J’ai changé d’hémisphère
Trop joué avec l’enfer
©Valérie Leulliot

Catherine Lebouleux

EXPOSITION PASCIN – MUSEE MAILLOL – 14 FEVRIER/4 JUIN 2007

J’ai rencontré Pascin au hasard des pages d’un essai d’histoire de l’art, en cheminant dans ce type de réseau de lecture fait d’auteurs fétiches et de lectures en tiroirs. Ce nom, jusque-là inconnu, sur lequel le Net mit quelques références iconographiques, m’interpella sur une affiche, ce genre d’affiche gigantesque qui mange les murs des couloirs métropolitains. Celle-ci me parlait tout à coup, non plus d’une exposition supplémentaire mais d’un nom déjà évoqué et qui faisait un début de réminiscence culturelle. La curiosité fit le reste. Je suis partie vers le musée Maillol, très beau lieu d’exposition rue de Grenelle où deux très belles sculptures de Rodin vous accueillent : l’Age d’airain et Eve.

Une exposition à découvrir. Pour la qualité des dessins de ce peintre hongrois établi à Paris dès le début du XXe siècle. Influencé par l’expressionnisme viennois qui le fait parfois associer à Egon Schiele dans son approche de la nudité des corps, il évolue vers un dessin à la ligne fine, période « nacrée » d’après 1924.

Il se suicide le 2 juin 1930.

Un très beau moyen-métrage est projeté dans le sous-sol du musée et permet d’introduire la visite.

Catherine Lebouleux

PASCIN / jusqu’au 4 juin 2007 / musée Maillol, 61 rue de Grenelle, Paris 7e / http://www.museemaillol.com

Une réflexion au sujet de « TOUTES LES ARCHIVES »

  1. Ping : UN WEEK-END MUSICAL AVEC LE MADRIGAL DE PARIS « calisto235

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s